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Les enchères montent sur le vin Les Français spéculent sur le vin ! Un million de bouteilles ont été adjugées en salle des ventes l'an dernier. Les prix sont inférieurs de 30 à 50 % à ceux des cavistes. "Allez-y, ça vaut dix fois plus cher, on ne va pas les ramener à l'étude, c'est exceptionnel, vous en voulez ou pas ?" Me Buffetaud jure, crie, apostrophe. Mardi dernier, le commissaire-priseur devait vendre aux enchères 600 lots de grands bordeaux : du pomerol, du saint-estèphe, des bourgognes comme des gevrey-chambertin et quelques vins étrangers. Les acheteurs sont réunis dans une petite salle de Drouot, le célèbre hôtel des ventes parisien. Au premier rang, Philippe Faure-Brac, meilleur sommelier du monde 1992, venu faire son marché aux côtés des professionnels de la restauration, de cavistes et ... de M. Tout-le-Monde. Car aujourd'hui une grande partie des clients potentiels de Me Buffetaud est composée de particuliers. Du coup, le marché des ventes aux enchères de vins explose. 2001 a été une année record : 1 million de bouteilles ont été adjugées dans 310 ventes publiques françaises. C'est cinq fois plus qu'il y a dix ans. Avec une adjudication moyenne de 50 euros la bouteille, le "chiffre d'affaires" du secteur dépasserait les 45 millions d'euros. Une estimation car il n'existe pas de statistiques officielles. "C'est un secteur qui progresse vite et régulièrement", confirme Franck Lombrail, de l'étude Lombrail Teucquam, basée à Drouot, qui s'est spécialisée dans le vin. Elle en a vendu pour 2,3 millions d'euros l'an passé, contre à peine 900.000 euros voici dix ans. "Nos ventes doublent tous les ans", se réjouit Me Boscher, patron de la célèbre Gazette de Drouot. Il est par ailleurs associé chez Artus, une étude qui s'est lancée dans le vin en 1999. Le chiffre d'affaires de l'activité atteint 1,5 million d'euros. Tajan, désormais propriété de LVMH, la plus grande étude française, organise une grande vente tous les deux mois qui représente à chaque fois 300.000 euros de produits de vente. "Les particuliers savent qu'ils peuvent dénicher d'excellentes bouteilles pour moitié moins cher", raconte Olivier Mondzelewski. Cet ancien d'Euronext - la Bourse de Paris fusionnée avec celles de Bruxelles, Amsterdam et Lisbonne - a lancé en juillet dernier iDealwine, un site internet qui propose aux internautes d'acheter des crus aux enchères. Ils sont mis virtuellement en concurrence sur un lot de bouteilles qui sera présenté quelques jours plus tard en salle de vente. L'internaute qui emporte la partie sur le site verra son "ordre" exécuté lors de la vente par les courtiers d'iDealwine. On peut aussi acheter du vins aux enchères avec les sites spécialisées comme chateauonline. L'avantage principal pour le particulier est de pouvoir participer aux ventes de semaine sans se déplacer. Elles sont bien moins chères que celles du week-end car essentiellement fréquentées par les pros qui paient toujours le juste prix. Typique de la bonne affaire : ce Château Vieux Certan (une des références du Pomerol), parti d'un coup de marteau de Me Buffetaux pour 84 euros tous frais compris. Cette bouteille est considérée comme une des meilleures de son millésime (1986) et notée 92/100 par Parker. Deux grands cavistes français la proposaient cette semaine en rayon à ... 165 euros. L'économie nette est donc de 550 F sur une bouteille à 1.080 F ! Le vin est-il entrain de devenir une valeur "refuge" alors que la Bourse est morose ? Les plus optimistes jugent que le marché pourrait doubler dans les deux ans, s'il y avait davantage de vendeurs. La matière première des ventes vient souvent des héritages ou liquidations de caves de particuliers. Il y a aussi les spéculateurs, qui se mettent à acheter de jeunes bouteilles pour les revendre après quelques années. La plus-value peut atteindre 40 %. Mais il ne faut pas forcément viser les appellations prestigieuses (pour le Bordelais, celles du Médoc, Saint-Emilion, Pomerol, Sauternes, etc.). Il faut savoir miser sur des millésimes prometteurs (comme 2001), et conserver les bouteilles plusieurs années. A défaut de faire une plus-value sur une belle bouteille, l'investisseur pourra toujours la boire. La 141e vente des Hospices de Beaune, le 18 novembre 2001. Ces enchères de vin servent depuis un siècle et demi de baromètre du prix des grands bourgognes. Aujourd'hui, acheter du vin à la criée en salle des ventes est devenue une pratique très courante. Il se tient quasiment une vente aux enchères de vin par jour en France, soit 75 % des ventes dans le monde ! Le Journal du Dimanche, 10/02/2002, Benoist Simmat. | |||